Le slacktivisme ou l’activisme passif sur internet

Avec les événements tragiques de la semaine dernière, j’ai vu comme tout le monde mes « amis » Facebook changer leur photo de profil pour arborer le logo « Je Suis Charlie », et je me suis posée la même question qu’à chaque fois que je vois des gens suivre ce genre de tendances: cela est-il vraiment utile ? Oui et non, du coup j’ai eu envie de vous parler du slacktivisme (car oui ce phénomène a un nom).

 

Le slacktivisme, c’est quoi?

 

C’est encore Wikipedia qui en parle le mieux même s’ils n’y vont pas en douceur:

Le slacktivisme (littéralement « activisme paresseux »), mot-valise formé par la fusion du terme anglais slacker (« fainéant ») et du mot « activisme », est une forme de militantisme sur Internet qui s’est développé dans les années 2000 avec l’avènement des réseaux sociaux et qui consiste à cliquer pour participer à un mouvement collectif virtuel sans s’engager plus activement et concrètement. Les campagnes de Twibbon menées sur Twitter, les pétitions en ligne (en) ou, en guise de soutien, le partage d’un tweet (re-tweet), le changement de sa photo de profil ou le like sur Facebook en sont des illustrations.

Bien qu’Internet soit un moyen de mobilisation en masse pour soutenir activement une cause, le slacktivisme est souvent utilisé comme terme péjoratif (il avait à l’origine une connotation positive) pour distinguer ce militantisme virtuel de canapé par lequel l’internaute se donne une bonne conscience à rabais alors que les personnes physiques pratiquant l’activisme IRL s’impliquent dans des actions concrètes. Un effet de substitution est même noté : les slacktivistes s’arrêtent à leur mobilisation en ligne et s’engagent encore moins, ayant l’impression d’avoir aidé au même titre que s’ils donnaient de l’argent ou manifestaient dans les rues.

Ce néo-militantisme est cependant considéré avoir eu une influence sur des événements comme l’affaire Kony 2012, Movember ou le Printemps arabe, et a des experts qui analysent le taux d’engagement d’une pétition (le nombre de personne qui la font suivre à leurs contacts), ou le taux de transformation en real life (le nombre de personnes qui passent à l’action physiquement).

source: Wikipedia

 

Revenons au logo « Je Suis Charlie »

Donc parmi mes « amis » Facebook et followers Twitter, il y a très certainement des gens qui ont été sincèrement touchés par ces événements et qui ont voulu montrer leur soutien à la liberté d’expression, aux personnes touchées ou leur indignation… mais il y a aussi parmi eux des gens qui ont juste voulu suivre le mouvement ou oserais-je dire la hype qui entoure ce symbole : ils n’ont rien a revendiquer mais veulent juste faire comme tout le monde. Cela fait partie de la mise en scène de notre vie que nous faisons chaque jour sur les réseaux sociaux (je poste une photo de moi à une expo alors que je n’y vais qu’une fois par an pour montrer que je suis cultivée -cela marche aussi pour les hommes et la salle de sport-, je montre le grand soleil alors qu’il pleut tout le temps là ou j’habite, je poste sans arrêt des photos de mes anciennes vacances pour faire croire que j’en prends tout le temps… et je poste des articles sur des causes dont je n’ai jamais entendu parler pour faire croire que je me mobilise). Dans tous les cas on ne sait pas exactement où se situent les gens qui utilisent ce logo même pour ceux qui sont sincères: pourquoi ont-ils mis ce logo, qu’est-ce qui les a touchés exactement ? (bonus point pour ceux qui l’ont mis en photo de profil Tinder …)

je suis charlie

Et après, en quoi cela sert-il la cause ?

Alors oui ce logo est beau et puissant, son utilisation à travers le monde montre le grand intérêt de tous pour ces évènements et permet de propager un peu plus l’information sur ce qu’il s’est passé à Charlie Hebdo et la lutte pour la liberté d’expression. Mais au final, concrètement, comment cela va-t-il aider?

Tout le monde parle de la liberté de la presse mais plus personne ne l’achète. Au pire ils achèteront le prochain numéro de Charlie Hebdo (là encore pour faire comme tout le monde et se donner bonne conscience) et après?

Demain les photos de vacances et autres selfies en tout genre remplaceront le logo « Je Suis Charlie » et une autre actu prendra la place de ces tristes événements un peu partout… Et la liberté de la presse sera devenue une vieille histoire qui n’intéressera plus personne.

L’utilisation des réseaux sociaux pour les grandes causes n’est qu’un rouage de la machine et non une fin en soi. Ils servent à propager les idées et faire parler mais ne remplaceront jamais l’action, la vraie. L’action n’est pas sur les réseaux sociaux mais se fait grâce à eux. On ne fait pas une révolution sur les réseaux sociaux, on la fait dans la rue.

Alors que peut-on faire?

Acheter la presse: Charlie Hebdo bien sûr pour leur donner les moyens de continuer (pour ceux qui n’arrivent pas à le trouver en kiosque vous pouvez télécharger l’application) mais aussi n’importe quel titre de presse, celui que vous voulez, celui que vous lisez. Abonnez-vous, car ce doit être un engagement sur le long terme et pas juste un achat isolé.

Soutenez la liberté d’expression: en faisant des dons à des associations qui la défendent (je pense notamment à Amnesty International) ou en aidant de toute autre façon concrète.

Mobilisez-vous (actions): en participant aux marches et rassemblements pour des causes qui vous tiennent à coeur ou en mettant sur pied toute action concrète qui vous semble utile.

 

En bref, une action concrète aura toujours plus d’impact réel que de changer sa photo de profil (mais rien ne vous empêche de le faire aussi)…

 

 

Pour aller plus loin:

 

Je vous propose cet excellent podcast: Studio 404 (auquel je vous conseille vraiment de vous abonner tant le traitement des sujets web y est intéressant chaque mois). Ecoutez le sujet N°2 (à 15’38) qui parle de slacktivisme avec l’exemple du chalutage profond illustré par Pénélope Bagieu l’an dernier.

Edit 19h40 – Pour contre-balancer cet article assez pessimiste, je vous suggère la lecture de ce très bon article « Il n’y aurait pas eu de Je Suis Charlie sans les médias sociaux » qui développe tous les aspects positifs de la mobilisation sur les réseaux sociaux.

 

inscription NL 1

Vous aimez ? Partagez :

0 Commentaire

Laisser un commentaire